Une silhouette de Ferrari à cinq portes, un V8, un titre de voiture européenne de l’année — et une carrière minée par la tourmente British Leyland. Brillante et tragique à la fois, la SD1 est la dernière Rover née à Solihull. Portrait de la plus audacieuse des grandes routières anglaises.
« Specialist Division »
British Leyland ayant réuni Rover, Jaguar et Triumph dans sa Specialist Division, le premier projet de la nouvelle entité reçoit le nom de code SD1 — qui lui restera, même s’il n’apparut jamais sur la voiture. Sa mission : succéder à la fois à la P6 et à la Triumph 2500. Le développement réunit le tandem qui avait signé la P6 puis le Range Rover : Spen King à la technique, David Bache au style. En février 1971, le projet Rover l’emporte devant la direction de BL face au « Puma » de Triumph, classique tricorps : c’est la proposition la plus audacieuse qui gagne.
Et audacieuse, elle l’est : une carrosserie fastback à cinq portes, aérodynamique, inspirée en partie de la Ferrari Daytona (et de la 365 GTC/4) ainsi que d’une étude Pininfarina réalisée pour la BMC 1800 ; pas de calandre, et — sacrilège — ni bois ni cuir à bord (ils seront réintroduits à partir de 1978). De quoi dérouter l’acheteur traditionnel, mais le pari est assumé.
Sous la robe : la simplicité assumée
Techniquement, la SD1 prend le contre-pied de la sophistication de la P6 : Spen King, convaincu qu’un essieu rigide bien guidé vaut les systèmes les plus élaborés, écarte le pont De Dion pour raisons de coût et de complexité. Le train arrière est donc un essieu rigide à tube de poussée, guidé par un parallélogramme de Watt et doté de l’auto-nivellement Boge hérité du Range Rover ; à l’avant, des jambes MacPherson. Sous le capot au lancement, le seul V8 3500 à double carburateur (155 ch), servi par une boîte manuelle 5 rapports ou l’automatique.
Series 1 (1976-1982)
Lancée à l’automne 1976 au Royaume-Uni (et environ un an plus tard sur le continent), la 3500 est élue Voiture européenne de l’année 1977 — treize ans après le sacre inaugural de la P6, Rover réédite l’exploit. Son tableau de bord « capsule » posé sur la planche, conçu pour passer indifféremment de la conduite à droite à la conduite à gauche, illustre le pragmatisme du projet. Dès octobre 1977 (octobre 1978 en France), deux six-cylindres en ligne viennent l’épauler : 2300 (123 ch) et 2600 (134 ch). Pour rassurer la clientèle traditionnelle, la V8 S plus luxueuse apparaît mi-1979 sur le marché britannique (non importée en France), puis, fin 1980, les 2300S, 2600S, 3500SE et Vanden Plas.
Le succès critique est pourtant terni, dès le lancement, par une finition quelconque — peinture qui s’écaille, joints de portes, garnitures baladeuses, électricité à éclipses — symptôme des économies imposées au développement et du climat industriel qui minait toute la production British Leyland de l’époque. Une tentative américaine (1980-81) tourne court : à peine 1 250 voitures vendues en deux ans.
Series 2 (1982-1986)
Annoncée en janvier 1982, la Series 2 modernise la voiture : phares affleurants cerclés de chrome, boucliers enveloppants en plastique, planche de bord agrandie (et boisée), lunette arrière plus profonde avec essuie-lave-glace. Deux moteurs d’accès rejoignent la gamme : le 2000 quatre-cylindres O-Series (101 ch), déjà vu chez Morris et Princess, puis en avril la 2400 SD Turbo à moteur diesel italien VM (91 ch) — le même motoriste fournira le Range Rover. La Series 2 n’est que très brièvement produite à Solihull : à la mi-1982, les lignes déménagent définitivement à Cowley (Oxford), l’ancienne usine Morris, et l’usine historique devient exclusivement Land Rover / Range Rover — la SD1 restera la dernière Rover née à Solihull, et son extension flambant neuve, mise sous cocon, ne reprendra du service qu’en 1997 pour le Freelander.
Vitesse et Vanden Plas EFi
En 1983, la gamme se couronne de la Vitesse : V8 à injection de 193 ch (190 bhp), suspension raffermie et rabaissée, sièges enveloppants, becquet — un vrai tempérament sportif. La Vanden Plas EFi de 1984 en reprend le moteur tout en conservant le confort traditionnel ; elle ne fut jamais officiellement commercialisée en France, hormis quelques exemplaires diffusés brièvement, absents des catalogues et tarifs concessionnaires de l’époque. Enfin, pour la dernière année de production, la Vitesse reçut une injection retravaillée par Lotus à double chambre d’admission : cette « Twin Plenum », réservée au Royaume-Uni, conserva officiellement la même puissance pour éviter une nouvelle homologation — mais elle dépasse officieusement les 200 ch.

À noter qu’une carrosserie break fut envisagée : deux prototypes furent construits, mais jamais commercialisés. L’un d’eux est aujourd’hui conservé au British Motor Museum de Gaydon — Michael Edwardes, patron de British Leyland à l’époque, en utilisa un comme voiture quotidienne.
La production s’achève en 1986 après 303 345 exemplaires : la Rover 800, fruit de la coopération avec Honda, prend le relais en juillet. Le V8, lui, poursuivra sa carrière chez Land Rover jusqu’en 2003.
Comment les reconnaître ?
- La Vitesse est plus basse (moins de garde au sol) et d’allure plus agressive.
- La Series 1 n’a pas d’essuie-glace arrière, ses phares sont encastrés et son tableau de bord est plus petit.
- Sur la Series 2 : tableau de bord plus grand, boucliers en plastique, nouveaux feux, phares affleurants entourés d’un jonc chromé.
Les motorisations
| Version | Series | Moteur | Puissance |
|---|---|---|---|
| 2000 | 2 | 4 cyl. O-Series 1 994 cm³, 2 carburateurs | 101 ch |
| 2300 / 2300S | 1 et 2 | 6 cyl. en ligne 2 350 cm³, 2 carburateurs | 123 ch |
| 2400 SD Turbo | 2 | 4 cyl. diesel VM 2 393 cm³, turbo | 91 ch |
| 2600 / 2600S | 1 et 2 | 6 cyl. en ligne 2 597 cm³, 2 carburateurs | 134 ch |
| 3500 / V8 S / SE / Vanden Plas | 1 et 2 | V8 3 528 cm³, 2 carburateurs | 155 ch |
| Vitesse / Vanden Plas EFi | 2 | V8 3 528 cm³, injection | 193 ch |
| Vitesse « Twin Plenum » | 2 | V8 3 528 cm³, injection Lotus double plenum | > 200 ch |
Fiche technique
| Caractéristique | Rover SD1 |
|---|---|
| Production | 1976 – 1986, 303 345 exemplaires (Solihull, puis Cowley dès mi-1982) |
| Carrosserie | berline fastback 5 portes, monocoque |
| Suspension AV | jambes MacPherson, ressorts hélicoïdaux |
| Suspension AR | essieu rigide à tube de poussée, parallélogramme de Watt, auto-nivellement Boge |
| Moteurs | 4 cyl. essence et diesel, 6 cyl. en ligne, V8 — de 91 à 193 ch |
| Distinctions | Voiture européenne de l’année 1977 |
| Remplaçante | Rover 800 (juillet 1986) |
Galerie de photos de presse d’époque
Galerie de photos de presse publiée par le groupe MG Rover à l’occasion du 100ème anniversaire de Rover
Dernière mise à jour : 14 juillet 2026
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